Rabbi Melech était une merveille d’homme. Enfantin mais grand érudit, saint guérisseur sans le savoir, il n’avait d’or que sa parole et son cœur jamais épuisé.
Il s’en fut un jour en visite dans un de ces bourgs polonais gelés l’hiver, pluvieux l’été, où la vie ne va qu’à grand-peine par les ruelles embourbées.
Il fut pour tous comme un soleil, ranimant les regards éteints, réchauffant les âmes sans rêves et redressant les dos courbés sous des fardeaux décourageants. Jusqu’au soir il fit de son mieux.
Au crépuscule, sur la place, il dit au revoir à ces gens, puis il grimpa dans sa voiture.
- En route, cocher !
Il partit.
Or, comme il allait cahotant le long des maisons sans lumière, passant le nez dehors pour un dernier salut, que vit-il ?
Les hommes, les femmes, les enfants même du village qui trottinaient derrière lui.
Quand ils virent sa vieille tête toute pâlotte à la portière ils agitèrent haut les mains, firent tournoyer leurs écharpes.
Rabbi Melech s’en étonna.
- Cocher, dit-il, où vont ces gens ? Les as-tu vus ? Ils nous poursuivent !
- En effet, lui répondit l’autre du haut de son siège venteux. Ils s’en vont avec vous, rabbi, ils ne veulent plus vous quitter !
- Allons, tu plaisantes, bonhomme !
- Pas du tout, rabbi, pas du tout ! Ils désirent, à ce qu’ils m’ont dit, entendre encore vos paroles, devenir meilleurs qu’ils ne sont !
- Devenir meilleur ? Belle idée. J’ai moi aussi cette espérance. Je vais donc trotter avec eux. Arrête, cocher, je descends !
Rabbi Melech mit pied à terre et se joignit aux villageois.
La voiture vide s’en fut, elle devant et tous derrière, sur la plaine où tombait la nuit.
source : Henri Gougaud, Le livre des chemins
pour d’autres contes : http://www.henrigougaud.fr/blog
Cette lecture m’amène à l’idée que toujours quelque chose me précède, chaque jour j’essaie de suivre mon moi, mon soi, et encore beaucoup d’autres ‘moi’
C’est un peu loin du sujet de cette belle histoire…