fév
03
2010

Quand le facilitateur … nourrit le conflit !

Parfois, quoi qu’on leur propose, les parties au conflit l’utiliseront pour continuer à se faire la guerre ;-) Les deux qui ne s’aimaient pas
Un prince, un beau matin, s’en fut baguenauder au marché de la ville avec, pour tout bagage, un sac à provisions. Il aimait se frotter aux gens de son royaume, écouter leurs propos, soupeser les pastèques et flairer les salades. Il avait donc laissé son escorte chez lui et, l’oreille aux aguets, il allait çà et là parmi les étalages quand un bruit de dispute attira son regard.
- C’est à moi ! disait l’un.
- Non, à moi ! disait l’autre.
- J’ai le droit !
- Moi aussi !
- Mauvais bougre !
- Bandit ! Bref, deux marchands de fruits s’insultaient hardiment en brandissant leurs poings à l’ombre d’un platane. Le prince vint à eux, en arbitre apaisant. L’un lui rugit au nez :
- Il veut plus que sa part !
- C’est la mienne qu’il veut ! lui brailla son compère. Le peuple s’attroupa, les gendarmes survinrent et le prince, pensif, s’en revint au palais.
Il était fin joueur autant que pédagogue. Le lendemain matin il se fit amener les deux disputailleurs et leur tint ce discours :
- Il me plaît de vous faire une grande faveur. Que voulez-vous, messieurs ?
J’ai tout. Demandez donc, et vous serez comblés. J’aimerais cependant préciser ce qui suit : pour formuler un voeu, vous avez vingt secondes. Au-delà de ce temps, si vous restez muets, je vous ferai jeter tous les deux en prison.
Enfin notez ceci : le premier choisira, trésors, terres, châteaux, bref tout ce qu’il voudra, et le deuxième aura la même chose en double. Avez-vous bien compris ? Parlez, je vous écoute.
« Je me tais, se dit l’un. Deux fois plus qu’il n’aura, voilà qui me plairait ! » « Qu’il fasse sa demande, pensa l’autre. Que ce prétentieux-là soit plus riche que moi m’insupporterait trop. » « Mon Dieu, supplia l’un, que le bonheur le tue si je parle d’abord. » Passèrent dix secondes, et douze, et quinze et seize.
Le regard du second enfin s’illumina. Il ricana :
- Seigneur, qu’on m’arrache l’oeil droit.
On le fit à l’instant. Un borgne et un aveugle, au soleil de midi, sortirent du palais. »

Conte proposé par Henri Gougaud


Pour en savoir plus :
www.henrigougaud.com ou :  www.nouvellescles.com

Written by Sophie Mandelbaum in: contes |

3 commentaires »

  • Joli conte, mais si criant de vérité sur la nature humaine!

    Commentaire | 5 février 2010
  • C’est ce que l’on appelle un cadeau empoisonné et le pire c’est que c’est le receveur, l’empoisonneur ! ! !

    Commentaire | 12 février 2010
  • Rolland

    Au royaume des Aveugles le Borgne reste roi.

    Commentaire | 5 août 2010

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